Cher Nicolas,

Il ne vous aura sans doute pas Ă©chappĂ© que la semaine derniĂšre s’est refermĂ© un Ă©pisode Ă©tonnant de notre vie dĂ©mocratique.

Je parle de conclusion, mais peut-ĂȘtre n’est-ce qu’une pause estivale
 Le dĂ©but d’un feuilleton qui aurait mĂ©ritĂ© les honneurs d’un prime-time.

Le dernier Ă©pisode, en tout cas, peut ĂȘtre visionnĂ© ici :

Un confĂ©rence de presse du 24 juillet, rĂ©unissant Éric LOMBARD, ministre de l’Économie et des Finances, et deux reprĂ©sentants de la commission des finances du SĂ©nat : Jean-François Husson (LR) et Claude Raynal (PS).

Éric LOMBARD, visiblement mal Ă  l’aise, y annonce le retrait du paragraphe 4 d’une instruction publiĂ©e en avril dans le Bulletin Officiel des Finances Publiques (BOFIP). Ce bulletin, comme vous le savez, sert Ă  prĂ©ciser l’interprĂ©tation de la loi fiscale et Ă  indiquer comment elle sera appliquĂ©e.

Le ministre déclare :

« J’ai donc dĂ©cidĂ© de retirer ce paragraphe, puisque la loi est suffisamment claire pour protĂ©ger les contribuables. »

Mais derriĂšre ce « j’ai dĂ©cidĂ© », la rĂ©alitĂ© est tout autre. Le SĂ©nat, et notamment Jean-François Husson, a bloquĂ© ce qui aurait permis aux banques françaises d’organiser Ă  nouveau un contournement d’une disposition votĂ©e Ă  l’unanimitĂ© par le Parlement*. Une disposition prĂ©cisĂ©ment destinĂ©e Ă  lutter contre une fraude baptisĂ©e « CumCum », permettant Ă  des actionnaires Ă©trangers d’éviter l’impĂŽt sur les dividendes — avec la complaisante assistance de certaines banques.

Montant estimĂ© du prĂ©judice annuel : 2,5 milliards d’euros.

Oui, le SĂ©nat a empĂȘchĂ© un ministre de violer une loi votĂ©e Ă  l’unanimitĂ©, pour complaire Ă  un lobby privĂ©. Et Ă©tonnamment, personne n’a parlĂ© de tentative de coup d’État.

Pour bien comprendre l’ampleur de cette affaire, je vous recommande vivement :

  • 1) La dĂ©claration de Jean-François Husson, le 19 juin, dans laquelle il explique comment la FĂ©dĂ©ration Bancaire Française, qui dĂ©clare 31 lobbyistes Ă  Bruxelles, a demandĂ© au ministre de prendre une mesure contraire Ă  la loi ; comment ses propres services l’en ont dissuadĂ© ; comment le SĂ©nat l’a alerté  et comment il a tout de mĂȘme publiĂ© le texte.
  • C’est un peu comme si vous, Nicolas, en tant que Directeur GĂ©nĂ©ral de Bpifrance et administrateur de Stellantis, utilisiez votre influence pour demander Ă  Marc FERRACCI, ministre de l’Industrie, de couper un financement promis Ă  un constructeur automobile concurrent.

    J'imagine que cette idĂ©e mĂȘme insulterait votre rigueur morale.

  • 2) Les explications de Marc Ferracci Ă  Charles de Courson lors des questions au gouvernement, oĂč il Ă©vite soigneusement de rĂ©pondre Ă  la question qui fĂąche : « Comment un ministre peut-il, pour satisfaire un lobby privĂ©, aller sciemment Ă  l’encontre de la volontĂ© du Parlement, malgrĂ© les avertissements de ses propres services ? »

  • 3) Et bien sĂ»r, les tentatives embarrassĂ©es d’Éric LOMBARD, lors de la commission parlementaire du 8 juin, pour dĂ©fendre une position dont les motivations rĂ©elles sont visiblement difficilement avouables :

Si vous souhaitez une synthĂšse, la vidĂ©o rĂ©alisĂ©e par le mĂ©dia Blast vaut le dĂ©tour. Leur objectivitĂ© n’est pas toujours irrĂ©prochable, mais ici le travail est prĂ©cis, documentĂ©, et particuliĂšrement Ă©clairant.

Bref, rĂ©jouissons-nous que cette tentative lĂ  ait Ă©chouĂ©. Ce n’est pas tous les jours qu’une coalition transpartisane sauve l’État de droit — contre le ministĂšre lui-mĂȘme.

On aurait aimĂ© connaĂźtre les Ă©changes exacts qui ont menĂ© Ă  cette happy end, mais peut-ĂȘtre les archives les rĂ©vĂ©leront un jour.

Si vous, de votre cÎté, avez des éléments à partager, je suis tout ouïe


TrĂšs respectueusement,

Franck

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