Cher Nicolas,

Je sais combien vous croyez Ă  l’intĂ©rĂȘt de produire en France des batteries pour alimenter les voitures Ă©lectriques — mĂȘme si, pour les voitures elles-mĂȘmes, votre enthousiasme semble s’arrĂȘter aux frontiĂšres. Votre soutien Ă  Verkor en est la preuve, et l’on espĂšre tous que vous ne serez pas tentĂ©, demain, d’expliquer Ă  nouveau que « vous n’y avez jamais cru ». On espĂšre aussi qu’en tant qu’administrateur de Stellantis, vous saurez mettre Ă  profit votre influence — que l’on sait grande — pour inciter les acheteurs du groupe Ă  privilĂ©gier les cellules produites localement, mĂȘme quand les fabricants chinois feront tout pour casser les prix et verrouiller le marchĂ©.

Cela demandera du courage, et j’aimerais, aujourd’hui, y contribuer à ma maniùre.

Dans vos cercles fossilophiles, vous entendez sans doute souvent des phrases du type :

« Les batteries, ce n’est pas si Ă©cologique qu’on veut nous le faire croire
 »

Prenons donc un instant pour comparer, chiffres à l’appui, l’impact carbone d’une batterie LFP (lithium-fer-phosphate) et celui du bon vieux gazole.

Chez Lormauto, avant que notre entreprise soit sacrifiĂ©e sur l’autel de la "compĂ©tition industrielle" — par des acteurs peu dĂ©sireux de voir Ă©merger une production française de petits vĂ©hicules Ă©lectriques — nous utilisions des cellules LFP. Pour des raisons Ă©cologiques (zĂ©ro cobalt,...), mais aussi techniques (faible risque d’incendie,...). FabriquĂ©es en Chine, leur empreinte carbone est estimĂ©e entre 50 et 150 kg de CO₂ par kWh de capacitĂ© produite [source].

Prenons une hypothùse pessimiste : 100 kg de CO₂ par kWh.

Donc, pour une batterie de 3 kWh : 300 kg de CO₂ Ă©mis Ă  la fabrication.

Ces cellules ont une durĂ©e de vie d’environ 3000 cycles, soit 9 MWh d’énergie restituĂ©e sur leur vie. En France, oĂč l’électricitĂ© est faiblement carbonĂ©e, la production de ces 9 MWh Ă©mettrait environ 540 kg de CO₂ supplĂ©mentaires [source].

Total : moins d’une tonne de CO₂ pour 9 MWh d’énergie rĂ©ellement utilisable.

Comparons avec le gazole.

9 MWh, c’est l’équivalent Ă©nergĂ©tique de 1000 litres de carburant.

Avec un rendement moteur d’environ 30 %, il faudrait en rĂ©alitĂ© 3000 litres de gazole pour restituer autant d’énergie utile Ă  un vĂ©hicule. Or, chaque litre de gazole brĂ»lĂ© Ă©met environ 2,6 kg de CO₂ [source].

Soit un total de 8 tonnes de CO₂*.

Bilan : Ă  Ă©nergie Ă©quivalente, une batterie LFP Ă©met donc environ 9 fois moins de CO₂ que du gazole.

Quand vous croiserez Marc Ferracci, s’il vous semble un jour rĂ©ceptif Ă  des arguments rationnels, n’hĂ©sitez pas Ă  lui souffler ces chiffres.

Mais si le seul sujet reste l’allongement de la profitabilitĂ© des industries fossiles, alors peut-ĂȘtre vaut-il mieux couper dĂšs maintenant les financements Ă  Verkor. Bonus : cela Ă©vitera d'avoir Ă  convaincre les constructeurs "français".

En tous cas, vous savez désormais faire les deux.

Beau temps en Normandie aujourd’hui.

Je croise les doigts pour qu’il en soit de mĂȘme en Bretagne.

Bien Ă  vous,

Franck.

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