Les échanges opposant électricité et pétrole ressemblent souvent à un ring de boxe où les coups portent plus sur les croyances que sur les faits — avec, en "prime", une mémoire très courte.
Les détracteurs de l'électrification de nos usages rappellent volontiers les “méfaits” des batteries : extraction de métaux, conditions de travail déplorables dans certains pays, recyclage encore perfectible. Oui, ces sujets sont réels, et il faut y remédier.
Mais cette pseudo-instruction, à charge, efface commodément un siècle et demi d’abominations sociales, sanitaires, écologiques et géopolitiques liées au pétrole. Pas des risques hypothétiques : des faits largement documentés.
- Marées noires : Exxon Valdez (1989, Alaska, 40 000 tonnes) ; Deepwater Horizon (2010, Golfe du Mexique, 780 000 m³). Des écosystèmes détruits pour des décennies.
- Santé publique : selon l’OMS, la pollution de l’air tue prématurément 7 millions de personnes par an, largement à cause des carburants fossiles.
- Conflits armés : du coup d’État en Iran en 1953 à l’invasion du Koweït> en 1990, le pétrole a alimenté des guerres.
- Corruption et dépendance : la “malédiction des ressources” a frappé le Nigéria, le Venezuela, ou l’Angola.
Et tout cela sans mentionner la puissance des lobbies. ExxonMobil savait dès les années 1970 que le changement climatique était réel… tout en dépensant des millions pour semer le doute et ralentir toute action.
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Un atout français unique… et sous-exploité
La France a un avantage stratégique rare : grâce à Charles de Gaulle et à son programme nucléaire civil des années 1960, elle dispose d’une électricité abondante, compétitive et largement décarbonée.
Cet héritage pourrait nous permettre de déployer plus vite et à moindre coût une mobilité électrique à faible empreinte carbone. Ne pas en tirer parti est un contresens historique.
Quand à réduire l’empreinte des batteries ? On sait que c'est possible. Dimensionner l’autonomie aux usages réels et concevoir des packs à cellules remplaçables individuellement divise par 10 la quantité de matière utilisée.
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Ce que l’État devrait faire
Le rôle des pouvoirs publics devrait être de replacer ces faits dans leur perspective historique, de résister aux lobbies, et de bâtir l’avenir sur nos forces réelles.
Au lieu de quoi, on observe un soutien massif aux entreprises fossiles — parfois via les institutions qui devraient être les plus vertueuses — et une instabilité réglementaire qui nourrit la théorie de l’échec volontaire.
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Comparer les impacts perfectibles d’une technologie émergente aux dégâts massifs d’un siècle de pétrole, c’est sacrifier l’objectivité au confort des idées reçues.
Nous n’avons pas le luxe d’oublier un siècle et demi de méfaits du pétrole, et de ses promoteurs.