Cher Nicolas,

Vous connaissez bien Luc Julia. En France, il est couramment présenté comme un expert en intelligence artificielle — et même comme "le créateur de Siri", ce qui suffit souvent à asseoir sa légitimité. Une simple recherche sur un moteur de recherche montre à quel point il est devenu, dans l’imaginaire collectif, le visage rassurant d’une "IA pas si intelligente que ça".

Son crédo est simple : "L’intelligence artificielle n’existe pas." À l’entendre, toute cette agitation serait une vaste fumisterie alimentée par quelques technophiles exaltés. Il se veut rassurant : l’IA serait fondamentalement bête, sans conséquence ni pour nos métiers, ni pour notre société. Dormez tranquilles, braves gens.

Dans cette posture, il contredit frontalement des figures majeures et rigoureuses de la recherche en IA, comme Yoshua Bengio — que vous connaissez fatalement, et dont j'ai récemment relayé les mises en garde.

Et pourtant… ces dernières années, Luc Julia a été omniprésent : plateaux télé, colloques, commissions parlementaires — jusqu’à un récent passage devant des sénateurs visiblement éblouis.

Dans ce contexte, vous avez choisi d'en faire une des "références" sur lesquelles Bpifrance prévoit de porter pour l'Etat l'ambition française en IA.

Mais voilà qu’un certain Monsieur Phi (alias Thibaut Giraud), dans une vidéo récemment publiée, démonte avec rigueur et précision le discours de Luc Julia. Il en expose les incohérences, les erreurs factuelles, les artifices de rhétorique. Il rappelle que Luc Julia n’est ni mathématicien, ni créateur de Siri, ni un intime de Steve Jobs — malgré ce qu’il suggère habilement.

Un pavé dans la mare, en plein été. Mais un pavé qui risque bien d’éclabousser dès l'automne ceux qui, par paresse ou par confort, ont applaudi trop vite. Ceux qui n’ont pas cherché la vérité, mais juste un discours conforme à leurs désirs. Biais de confirmation, besoin de simplification : il est parfois difficile, pour nos "leaders", d’admettre qu’ils sont humains.

S’il vous plaît, Nicolas : ne vous joignez pas à ceux qui, après l’avoir encensé, chercheront à le brûler pour masquer leurs propres errements. On a vu ce réflexe cruel s’exercer sur d’autres, plus grands, comme Henry Grouès.

Pardonnez-lui — et peut-être, à travers lui, interrogez-vous aussi sur vos propres erreurs. Ce serait faire preuve non seulement de lucidité, mais d’une certaine grandeur.

Toujours très respectueusement,

Franck

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