Cher Nicolas,

Suite Ă  mes derniĂšres lettres, et en particulier celle-ci et celle-lĂ , j'ai reçu de nombreux signaux en provenance de collaborateurs directs ou indirects de Verkor. Tous convergent vers la mĂȘme conclusion : la situation est prĂ©occupante.

Les constats s’additionnent :

– la technologie initiale (NMC) semble dĂ©jĂ  dĂ©passĂ©e par la montĂ©e du LFP,

– les Ă©quipements ont Ă©tĂ© acquis sans garanties solides de compatibilitĂ© ni de transfert de savoir-faire,

– l’organisation mĂȘle consultants et Ă©quipes internes dans un mĂ©lange qui dilue les responsabilitĂ©s,

– l’abondance financiĂšre nourrit davantage le cynisme que l’élan collectif,

– et dĂ©jĂ , certains collaborateurs se mettent en mode « profite avant que ça ne s’arrĂȘte ».

Verkor n’est pas un projet parmi d’autres. C’est le symbole de la rĂ©industrialisation française et le pivot de la stratĂ©gie nationale en faveur de l’innovation et de la transition Ă©nergĂ©tique. Plus de 3 milliards d’euros ont Ă©tĂ© mobilisĂ©s, dont une Ă©norme partie d'argent publique apportĂ© par BPIFrance et la Banque des Territoires / Caisse des DĂ©pĂŽts, et mĂȘme de la Banque Postale. Plus de 5000 emplois ont Ă©tĂ© promis. Si Verkor Ă©choue, personne ne retiendra la complexitĂ© technique : ce sera votre nom, Nicolas, vous qui tenez depuis plus de 12 ans Ă  porter l'Ă©tendard de l'innovation et du renouveau industriel de notre pays, qui sera associĂ© Ă  cet Ă©chec.

Et l’échec d’un tel symbole ne resterait pas isolĂ©. Comme ne va pas ĂȘtre sans effet votre torpillage de Lormauto sur l'ensemble de la filiĂšre du retrofit. AprĂšs Verkor, c’est la crĂ©dibilitĂ© des gigafactories, puis celle des Ă©nergies vertes, puis celle de la galaxie BPIFrance elle-mĂȘme qui va ĂȘtre questionnĂ©e. Tout le chĂąteau que vous avez construit pourrait vaciller sur une seule piĂšce mal posĂ©e.

Un échec ici ne serait pas non plus neutre sur un autre plan : il signerait une victoire pour Shell, ExxonMobil et tous les tenants des énergies fossiles pour lesquels la démarche initiée il y 70 ans par De gaulle constitue la pire des menaces. Dans cette équation, vous apparaßtriez comme un de ceux qui, malgré des milliards investis et des discours vertueux, leur aura pavé la voie.

Ce dossier doit donc ĂȘtre repris avec un sĂ©rieux absolu. La production massive de batteries — transformant nos flux nuclĂ©aires, Ă©oliens et solaires en stocks d’énergie — doit rester une prioritĂ© stratĂ©gique. Vous en portez la responsabilitĂ© directe. Et vous savez que l’inaction, Ă  ce stade, serait interprĂ©tĂ©e comme un choix.

Alors, Nicolas : montrez Ă  ceux qui en doutent de quel cĂŽtĂ© vous ĂȘtes.

Vous connaissez mon attachement Ă  ces sujets. Vous savez aussi que l'Ă©quipe Ă  laquelle j'appartiens a dĂ©jĂ  dĂ©montrĂ© qu’il est possible de faire beaucoup, trĂšs vite, avec des moyens limitĂ©s et sous contraintes fortes. Si cette expĂ©rience peut ĂȘtre utile, nous pouvons la mettre Ă  disposition.

Bien Ă  vous,

Franck

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