Cher Nicolas,
Depuis quelques semaines, je me régale à lire vos éditos, vos commentaires, vos envolées philosophiques.
La dernière en date, sur le site de BIG, la grand'messe annuelle de BPIFrance dont le maître mot est cette année "Vérité", m’a profondément touché : ce crescendo de la paresse qui devient plaisir, puis soumission, jusqu’à l’obscurantisme… J'ai presque l'impression que vous avez trempé votre plume dans mon encrier pour écrire ce petit traité de résistance morale.
Et lorsque vous concluez : « Voilà pourquoi il faut réaffirmer que la vérité existe. (…) Elle est abrasive, elle ne nous caresse pas. Elle s'oppose à l’opinion. ». Vraiment. Vous parlez comme un Camus qui aurait le pragmatisme d’un Altman.
Et pourtant, Nicolas… c’est là que mon étonnement commence.
Comme un mari qui trouve un parfum inconnu sur l'oreiller conjugal, je me dis : « Tiens, c’est étrange. » Puis je remarque une cravate qui n’est pas la mienne, négligemment oubliée sur la chaise. Et enfin, je tombe sur ce petit mot griffonné : « Merci pour ce moment... »
Alors bien sûr, je chasse vite ces pensées inconvenantes. Je me dis : non, impossible ! Nicolas, l’homme qui proclame haut et fort que seule la vérité des faits doit guider l’action, celui-qui met la décarbonation des flottes d'entreprise au coeur de son homélie, n’aurait pas pu laisser ses équipes dire que décarboner les flottes d’entreprise n’est pas un business assez rentable pour que les services de l'Etat doivent s'y intéresser. Pas lui.
De même, il n’aurait pas pu étouffer l’aventure de Lormauto, qui incarnait précisément cette science des faits, abrasive mais solide, au service d’une réalité économique et écologique que certains ne veulent pas voir.
Mais quand même… quand je repense à cette usine normande, enterrée alors qu’elle marchait droit dans vos traces — produire sobre, durable, accessible — je me sens un peu comme le mari sincère qui ne sait plus s’il doit sourire ou rougir face à son meilleur ami chez qui il reconnait le parfum qu'il pensait inconnu.
Vous voyez, Nicolas, je n’ai aucune conclusion. J’observe. Comme dans les épisodes précédents de cette série estivale, je ne cherche pas à donner de leçons.
Je veux juste partager avec vous ce mélange de jubilation et de perplexité : comment peut-on écrire des textes aussi puissants sur la vérité, et en même temps fermer les yeux quand les faits, bien concrets, bien mesurables, nous résistent ?
Votre parfum vous va très bien.
Bien à vous,
Franck
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