📬 Lettres ouvertes à Nicolas Dufourcq
Épisode 23

Cher Nicolas,

J’espère que ce message vous trouve en belle forme — et pas trop épuisé par les incessantes sollicitations médiatiques qui semblent vous conduire à commenter tout et son contraire.

D’ailleurs, je me demande parfois si certains de vos proches (je ne parle bien entendu pas là de votre famille) ne profitent pas de votre goût pour les plateaux et les micros, en vous soufflant des "certitudes" qui ne servent pas toujours vos intérêts, ni ceux de la France… mais bien les leurs.

Prenons un exemple qui nous est cher à tous les deux : l’industrie automobile.

Certains vous ont convaincu que nous n’avions plus, en France, la capacité de concevoir, produire et vendre des véhicules modernes, donc électriques.

Vraiment ?

Nos ingénieurs, dont vous vantez si souvent la qualité et la rigueur en regrettant leur goût pour l'expatriation, seraient incapables de concevoir des voitures électriques ?

Permettez-moi d’en douter. Concevoir un véhicule électrique, c’est plus simple que d'en concevoir un thermique. Même les équipes de Lormauto, qui ne sont pourtant que des provinciaux, y sont parvenus. Et que dire des ingénieurs (je dis bien "les ingénieurs") de Renault, Stellantis, Valéo, Forvia, Continental et tant d'autres ? Ils en conçoivent déjà, tous les jours. Il suffit d’ouvrir leurs catalogues pour s’en rendre compte. Et il suffit de parler avec eux pour comprendre combien les fait souffrir le démantèlement méthodique de nos capacités de développement et d'innovation.

D’autres - ou peut-être les mêmes - vous ont aussi soufflé que nous ne savions plus fabriquer ces véhicules.

Là encore, permettez-moi d’en douter.

Fabriquer et assembler un véhicule électrique n’est pas plus compliqué — ni plus coûteux — qu’un véhicule thermique. Le Japonais Toyota, modèle mondial d’efficacité industrielle, accroît continuellement ses capacités de production en France pendant que certains vous tiennent la main — vous, administrateur de Stellantis — pour voter la fermeture d'usines hexagonales parfaitement viables. Cherchez l’erreur.

Un autre ? Il semble qu’on ait voulu vous faire croire que les Français n’aiment pas les véhicules électriques.

Ce serait donc le seul peuple au monde à préférer polluer et payer plus cher pour se déplacer ? Allons.

Malgré les prix dissuasifs, les campagnes de désinformation et la confusion entretenue par nos constructeurs et les fournisseurs de produits pétroliers, le marché du véhicule électrique résiste mieux que tous les autres. Imaginez ce qu’il en serait si l’on proposait enfin des véhicules sobres, réparables, durables, donc très économiques. Imaginez ce qu’il en serait si des projets comme Lormauto, Zoé et tant d'autres n'étaient pas systématiquement sabordés.

Alors, Nicolas, quand certains vous poussent à prolonger les actifs fossiles, à fermer des sites qui pourraient renaître, ou à justifier l’injustifiable, préservez-vous.

Parce que ces mêmes conseillers, une fois sortis des petits cercles, n’hésiteront pas à vous désigner comme le responsable : des échecs industriels, des impasses écologiques, et de l'érosion rapide de nos valeurs démocratiques.

Nicolas, vous qui avez bâti votre royaume sur l'idée du temps long, ne laissez pas ceux qui pensent en trimestres utiliser votre orgueil pour couper vos arbres pour en voler les fruits.

Et aux moments où vous êtes tentés par les jeux de cour, pourquoi ne pas vous laisser inspirer par ceux pour qui la France se pense en siècles.

Bien à vous,

Franck





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