Et si "L'affaire DeepSeek était avant tout le test grandeur d'une arme médiatique ?
Qui, depuis deux semaines, n’a pas entendu parler de la société DeepSeek ?
En quelques jours, cette entreprise chinoise à réussi à faire parler d’elle dans 100% des médias mondiaux. En France cela va du 20 heures de TF1 aux médias sociaux, en passant par le presse généraliste, les radios et les lettres d’information privées.
Le sujet évoqué est le suivant : une prétendue petite société chinoise (DeepSeek) aurait réussi à produire un concurrent de ChatGPT pour quelques milliers de yuans avec quelques dizaines d’ingénieurs et quelques ordinateurs utilisant des puces de “vieilles” génération. Et les performances de ce concurrent seraient meilleures que celles de ChatGPT, de la société américaine OpenAI, mais également des produits similaires proposés par Microsoft, Meta (FaceBook), Google, Amazon, chacun de ceux-ci utilisant des dizaines de milliards de dollars, des centaines de milliers d’ingénieurs, des centaines de milliers d’ordinateurs de toute dernière génération et quelques centrales nucléaires pour un résultat, donc, inférieur.
Vous me suivez toujours ?
Ne regardons pas la réalité technique, qui mérite d’être analysée mais ce n’est pas ici mon propos, mais le mécanisme médiatique et ses effets : dans une surenchère sensationnaliste, les médias ont repris l’ensemble des informations fournies par DeepSeek, chacun avec des mots percutants adaptés à son propre public, pour les servir à une population occidentale qui s’est tout à coup demandé si le gigantesque marché de l’intelligence artificielle n’était pas en réalité un miroir aux alouettes. Ce point aussi mériterait d’être analysé mais ce n’est pas non plus mon propos ici.
Dans ce brouhaha médiatique, personne ne semble s’interroger sur deux points.
Le premier, c’est comment une telle information, qui serait normalement classée comme une information purement technique, et donc réservée aux médias spécialisés, s’est retrouvée à la une des médias généralistes de la planète ? Des dizaines de nouvelles entreprises lancent chaque jour des produits étonnants et aucune n’arrive à émouvoir ainsi les foules. Aucune. Ni dans ce domaine, ni dans aucun autre. Réussir un tel tour de force demande une maîtrise du système médiatique occidental jamais vue. Parce que le coup de la petite entreprise qui émerge ainsi sans moyens colossaux est un mythe. C’est sympa, c’est romantique, on a envie d’y croire — et d’ailleurs “on” y croit… — mais ça n’existe pas, en vrai.
Et qui a réussi un tel mediaclysme ? Une entreprise chinoise. Et en Chine, une entreprise chinoise, c’est l’Etat chinois. L’aurait-on tout à coup oublié ?
Donc non, Tariq, ce n’est pas un moment Spoutnik, c’est un moment Pearl Harbour, ou peut-être même Hiroshima. Seul l’avenir nous le dira.
Mais ce que l’Etat Chinois a réussi là, c’est à tester sa capacité à mettre au point et faire exploser une gigantesque bombe médiatique aux effets cataclysmiques. Avec un succès total. La réaction en chaîne a été entretenue par le système “ennemi” lui-même, sans qu’il se rende compte de ce à quoi il participait. Nous devons donc maintenant être conscients que la Chine possède le moyen de mobiliser notre système médiatique, et nos croyances, au profit de la diffusion d’une idée apparemment inoffensive mais aux effets réels dévastateurs. Et çà c’est l’objet du second point et nous allons y revenir. Mais retenons bien que la Chine sait maintenant utiliser le système médiatique que nous pensons être le garant de nos libertés pour y diffuser de la façon la plus efficace les informations qu’elle souhaite. Et elle sait transformer en amplificateur de cette information chaque media qui, dans un soucis de mieux expliquer que son voisin, renforce et relaie alors lui-même l’information dont il n’a en réalité aucun moyen de tester la réalité (1).
Si nous sommes convaincus de l’existence de telles bombes médiatiques et de leur efficacité, parlons maintenant du second point : la cible et les dégâts infligés.
L’annonce du premier modèle de raisonnement DeepSeek-R1 a eu lieu le 20 janvier 2025 ( Il n’y aurait donc personne pour voir le clin d’œil des Chinois sur cette date ?) et l’effet a été instantané : le monde high-tech occidental s’est immédiatement fissuré. La capitalisation boursière des sociétés high-tech a perdu 2000 milliards de dollars durant la seule journée du 27 janvier. 2000 milliards de dollars, c’est 2/3 du PIB français. En une journée. Cela parce que les investissements occidentaux pour l’innovation sont très majoritairement consacrés, depuis quelques mois et avec le panurgisme qu’on leur connait, à l’intelligence artificielle, sujet réputé très consommateur de capitaux… …et donc susceptible de générer des profits à la mesure de ces investissements.
Si se diffuse massivement l’idée qu’il est possible de répondre au même marché avec des moyens très inférieurs, ou bien que les revenus générés vont être très inférieurs à ceux attendus, le système s’écroule. Et nous parlons bien là du système sur lequel repose une partie très significative de l’économie occidentale et de ses développements attendus.
Ce que le gouvernement chinois a testé ici, c’est l’efficacité d’une de ses bombes médiatiques pour détruire n’importe quelle valeur occidentale.
Avec une histoire anecdotique (DeepSeek et son LLM qui sera de toutes façons dépassé dans quelques semaines) , il a démontré sa capacité à détruire de façon très rapide des pans du système occidental pour un coût ridicule, juste en utilisant l’énergie de son adversaire — c’est à dire la puissance et l’immédiateté du système médiatique — au service de sa propre attaque.
Imaginons l’effet d’une telle bombe médiatique utilisée demain sur notre système de santé, sur notre système monétaire, sur notre système social, sur notre système militaire…
Bienvenue dans la phase III des réseaux sociaux, celle des mediaclysmes.
(1) Evaluer l’efficacité l’ LLM (ce qu’on nomme couramment, actuellement, une IA) et très complexe et se contenter de poser à un chatbot quelques questions en mode “wikipedia” n’offre aucun indicateur des réelles performances du système.