Depuis plusieurs mois, le gouvernement français communique à grand renfort de superlatifs sur l’avènement de “giga-factories” de batteries sur le territoire national.

Verkor, avec son projet d’usine à Dunkerque, en est devenue le symbole. Soutenue par l’État via la Caisse des Dépôts et Bpifrance en novembre 2022,

en septembre 2023,

et en mai 2024,

cette startup est censée incarner l’avenir industriel et écologique de la France.

Mais cette narration héroïque cache une réalité bien plus préoccupante : il est fort probable que la France ne produira pas de batteries souveraines, ni sur le plan technologique, ni sur celui de l’indépendance stratégique. Pire : des centaines de millions d’euros risquent d’être engloutis… pour, in fine, enrichir la Chine.

🧪 Fabriquer une cellule lithium-ion, c’est (vraiment) difficile

Fabriquer une batterie ne se limite pas à assembler quelques éléments dans un hangar high-tech. Il faut :

  • maîtriser une chaîne de production ultra complexe (calendrage, enrobage, enroulement, contrôle qualité à chaque étape),
  • sécuriser l’accès à des matériaux critiques (nickel, lithium, graphite), dominés par des filières asiatiques,
  • posséder une expertise en chimie des matériaux et ingénierie de précision accumulée sur des décennies.

Or, la Chine détient :

  • plus de 75 % de la capacité mondiale de production de cellules,
  • une maîtrise complète de la chaîne de valeur (raffinage, composants, machines-outils, savoir-faire industriel),
  • une puissance d’investissement publique qui subventionne massivement les prix à l’exportation.
  • une farouche volonté d'utiliser tout cela pour ne laisser personne venir marcher sur ses plates-bandes

💸 Le piège de la concurrence déloyale chinoise

L’histoire est connue dans d'autres secteurs jugés stratégiques par l'Empire du Milieu : l'électronique, les voitures électriques...

Et à chaque fois qu’un concurrent tente de s’émanciper technologiquement, la Chine baisse ses prix au niveau du dumping pour garder sa domination.

👉 Ce qui signifie que les cellules Verkor coûteront toujours plus cher que les cellules CATL ou BYD, même avec l’aide publique française.

Or les acheteurs, eux, se moquent totalement de l'estampille "Made In France". Ils veulent surtout des batteries fiables et bon marché. Résultat ?

Verkor devra soit vendre à perte, soit ne pas vendre du tout.

Et cela, soit Nicolas DUFOURCQ, directeur général de BPIFrance et administrateur de Stellantis, le sait, ce qui pose alors un problème. Soit Nicolas DUFOURCQ, directeur général de BPIFrance et administrateur de Stellantis, l'ignore, ce qui pose aussi un problème.

Et pourtant, Bpifrance a injecté des dizaines de millions d’euros dans la société. Quand l'heure viendra d’acheter à grande échelle, les constructeurs "français" choisiront le "pragmatisme budgétaire" qui protège les bonus semestriels de leurs dirigeants : les cellules chinoises. Comme Stellantis le fait, avec l'agrément de Nicolas DUFOURCQ, quand elle choisit comme citadine électrique un véhicule 99% chinois (LeapMotor T03) dont seuls les derniers tours de vis sont faits en Espagne pour bénéficier du "Made in Europe". Une fois de plus, le fait que toutes les casquettes d'un éco-système soit sur la même tête fait apparaître un conflit d'intérêt qui semble laisser de marbre les locataires de Bercy.

🧨 Une stratégie perdante pour l’industrie française

Nous sommes en train de construire un mirage industriel :

  • On subventionne des usines qui ne seront jamais compétitives,
  • On dévalorise les filières d’assemblage de batteries adaptatives, qui auraient pu être plus agiles et moins capitalistiques,
  • On sacrifie des alternatives locales innovantes (retrofit, batteries sodium, filières territoriales) pour une course contre la Chine que nous ne gagnerons pas.

Le pire : dans quelques années, lorsque Verkor n’aura pas atteint ses objectifs de volumes ou de prix, les pertes seront publiques, les brevets limités, les machines revendues à bas prix… et les acheteurs industriels français dépendront à nouveau de l’Asie.

🏴‍☠️ Un patriotisme d’apparat, une dépendance bien réelle

La batterie souveraine n’existe pas si :

  • le savoir-faire est importé,
  • les matériaux sont raffinés ailleurs,
  • les machines viennent d’usines chinoises,
  • et les décisions d’achat privilégient toujours le prix au lieu de la cohérence industrielle.

Il faut du courage pour affirmer qu’un projet d’apparence nationale peut, en réalité, affaiblir la souveraineté.

Mais c’est exactement ce qui se joue ici.

Et pendant ce temps, Bpifrance aura perdu l’opportunité d’investir dans des projets réellement porteurs : circuits courts de l’énergie, mobilité rétrofitée, innovations frugales.

Car à la fin, ce sont les marges chinoises qui gagnent… et ce sont les contribuables français qui paient.

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